25 MARS 2009 L’ANNONCIATION


Mercredi 25 mars ANNONCIATION…
Sur le tard, apres déjà une longue vie, avec des détours, des retours, des tourments, des détournements, des joies, des peines, des amours, des pas toujours, des mi-temps, des mythes et des mites….vous me comprendrez… j’ai des doutes… vous aussi… mais voilà, je le dis, tout net – j’attends un enfant !!! non ! pas toi? SI ! plutôt nous attendons un enfant  Marie et moi… je sais, je ne suis pas prêt, je ne suis pas fini, je me sens pas père, je me sens pas paire, je ne sais pas faire.. j’ai du mal à réaliser…. mais ça commence à se voir… 22 semaines, un ventre rond, « un petit  cercle sur le grand cercle terrestre »…. première échographie, j’entends son coeur battre comme un tambour, il bouge, il existe, parait que c’est une fille….

Réponse à Michel L sur la retouche numérique

Réponse à Michel L sur la retouche numérique pratiquée gentiment sur l’une de mes photos…. 20/12/08, cette lettre à été le début d’une réflexion sur mon métier de photographe et de ce que j’en fais, c’est à partir de là que j’ai ouvert ce blog…

– Vous me proposez, Monsieur, une modification de ce moment de ma réalité figée au 125 ° de seconde, à Kanyakumari à l’extrême sud de l’Inde ce petit matin de février 2008… Vous me demandez ce que j’en pense. Je vous répondrai, que cette photographie en noir et blanc avec les bords et les encoches du film visibles sur le tirage homothétique au 24X36, était jusqu’à présent, la preuve par l’image de la réalité de cet événement… Cette scène a existé tel qu’elle, avec ces deux personnages posés là, face à ces trois mers qui se séparent, précisément dans ce lieux sacré. Cela explique la présence de ce temple, et de la multitude de pèlerins qui ont traversé toute l’Inde pour vivre ce lever de soleil, à cet endroit là…. Vous avez fait disparaître tout cela et vous me demandez ce que j’en pense. L’homme blanc avec ses ordinateurs, pense qu’il peut tout changer de notre mère la Terre et de sa réalité. Nous, nous essayons d’en témoigner avec nos modestes caméras argentiques… Mais que restera-t-il à vos enfants pour nous croire lorsqu’ils appréhenderons l’histoire qu’avec des images fabriquées issues de vos machines numériques… Peut on avoir une émotion vraie en regardant une image fausse?.
    Mon plaisir de photographier, Monsieur, a toujours consisté à essayer d’attraper sur la surface sensible du film, ce moment d’émotions qui a suscité le déclenchement –  « Mettre sur la même ligne de mire, l’oeil, le coeur et l’esprit… » – Avec les anciennes technologies, tout cela doit rester encore en latence un certain temps… enroulé dans la petite bobine métallique et dans les méandres de ma mémoire… Peut être que bien plus tard, tout cela sera un jour révélé dans l’obscurité de mon laboratoire, secrètement… Alors, seulement, si la surface sensible laisse encore apparaître une forme d’émotion que ma nature silencieuse ne me permet pas de partager avec des mots, alors je te donnerai l’image à voir…. en souhaitant partager mon expérience de ce moment, avec toi… Tu vois nous sommes bien loin de l’informatique ou même de l’information… Alors tu comprends que répondre à ta question est douloureux, je peux avoir un avis sur ta maîtrise de Photoshop, que je trouve par ailleurs fort bonne, ou avoir une opinion sur l’image retouchée que je trouve objectivement belle, calme et composée… Mais pour le moment, il s’agit là d’un problème d’éthique, et  c’est précisément cette éthique qui donne du sens à mon travail et à ma vie de photographe. Tu pouvais t’en douter en me renvoyant ma photo modifiée, et je reconnais bien là ton humour dans ta provocation…. Te répondre m’a obligé à coucher sur le papier quelques réflexions personnelles, suscitées par l’apparition du numérique, et la disparition des surfaces sensibles… voilà qui est fait. Je t’en remercie…

INDE DU SUD Diaporama vendredi 13 Mars 2009 à 20h au festival ABM à Avignon

A Marie.

je me souviens de la maison Tamoul de Fanfan et Alberto à Pondichéry, je me souviens du Matrimudi impénétrable, je me souviens des planteurs de riz accroupis, je me souviens de ces arbres qui s’étayent de leurs propres branches, je me souviens de Gingee et du petit garçon triste avec son oiseau, je me souviens de singes émouvants, je me souviens de très petits singes qui nous faisaient peur au temple d’Anuman, je me souviens des drapeaux Tibétain à Kushanagar, je me souviens des moines enfants qui chantaient, je me souviens de ma tunique indienne trop petite, je me trouvais ridicule, je me souviens du pantalon rouge de Marie qui faisait rire les Indiens, je me souviens de Om Sri Ram Jai Ram Ja Ram en tournant, je me souviens des pieds inversés de Ramdas, je me souviens d’être monté sur la barque du pêcheur, je me souviens de l’immeuble de Amrithanandamayi, je me souviens du chant des femmes, je me souviens des touristes sur leur house-boat qui me faisaient honte, je me souviens des sourires des pêcheurs à l’écluse, je me souviens des enfants et des hommes qui avaient peur de l’océan, je me souviens de la photo de Marie et d’Anuman, même tête, je me souviens des levers de soleil à Kaniakumari,
je me souviens du marchand égorgé, le sang rouge sur sa chemise blanche, je me souviens du silence soudain, je me souviens des saharis multicolores qui séchaient aux vents, je me souviens à Trichy des vaches sacrées à Rock For temple, je me souviens de la photo noir et blanc de Ramana Maharashi, je me souviens de l’heure de la soupe populaire, je me souviens d’avoir eu peur lorsque le masseur Ayurvédique m’a marché dessus, je me souviens du sauna chauffé avec un tuyau relié à une cocotte minute sur le gaz, je me souviens du regard de ce vieux Sadou rencontré sur la montagne sacré d’Arunachaleswar,

INDE DU SUD, JE ME SOUVIENS 1

je me souviens de ne plus pouvoir me débarrasser de l’odeur de poisson sur mes habits, je me souviens de la Royal Enfield sans frein, je me souviens des questions au sujet de mes cheveux, je me souviens des questions au sujet de ma compagne, je me souviens des questions au sujet de mes enfants que je n’avais pas, je me souviens que je m’amusais à tenir mes deux oreilles les bras croisés en oscillant la tête pour saluer Ganesh, je me souviens du Tilak entre les sourcils que voulaient sans cesse me mettre les prêtres, je me souviens de la peur de ne pas retrouver mes chaussures, je me souviens de toutes les photos que je n’ai pas osé prendre, je me souviens de mes regrets de n’être pas allé à Benares, je me souviens des milliers de km en bus et en trains, je me souviens de ne jamais m’arrêter, je me souviens d’avoir regretté de ne pas avoir travaillé davantage l’Anglais à l’école, je me souviens du harcelement des rickshaw à moteur, je me souviens d’avoir médité avec quelques indiens dans le sanctuaire de Vivékananda, impressionnant, je me souviens de l’attente pour apercevoir Swami Satchidananda qui allait bientôt mourir, il semblait déjà mort, je me souviens que les femmes et les hommes étaient séparés, je me souviens d’avoir tourné autour du Samadi de Ramdas avec les hommes, au début je n’osais pas, je me souviens de Marie qui voulait toujours garder le ventilateur en dormant, moi pas, je me souviens de me sentir seul en Inde, je me souviens d’être le seul à m’inquiéter de respecter notre budget journalier de 15 € tout compris par personne, je me souviens d’être « chiant », je me souviens du serveur Népalais qui aimait bien Marie, je me souviens des chiens qui aboyaient toute la nuit à Panaji, je me souviens de Marie qui donnait toutes notre monnaie au premier mendiant qui lui demandait, je me souviens des sleeping-bus trop bas pour tenir assis, je me souviens du premier café à Bruxelles qui nous à coûté le prix d’une journée passée en Inde, je me souviens de l’appartement en désordre en rentrant, signe d’un départ précipité, je me souviens des Indiens qui nous passaient devant aux guichets sans vergogne, je me souviens de toujours vouloir allé voir ailleurs comme dans toute ma vie, je me souviens des seins gonflés des divinités, je me souviens des chiens galeux, je me souviens de la machine très bizarre qui faisait du jus de cannes, je me souviens de « j’existe est la seule expérience indiscutable et permanente pour chacun de nous « , je me souviens d’être resté plusieurs semaines sans chier, je me souviens d’une journée de queue à l’hôpital de Vellore, je me souviens des « vestiges mystérieux de l’éphémère royaume de Vijayanagar à Hampi », je me souviens des femmes pleines de sang qui coupaient là tête des poissons, je me souviens des têtes des moutons morts posées sur l’étagère, je me souviens de cette belle femme qui méditait bien droite dans le temple, je me souviens de ce vieil homme en haillons sous son arbre, je me souviens des arbres sacrés pleins de vieux sacs plastique, je me souviens de « where do you come from », je me souviens de « tchai, tchai, tchai », je me souviens du vieux ricksaw trop faible pour pédaler, de mon mal aise, je me souviens du sourire du mendiant après la pièce, je me souviens d’un homme tronc qui nous gardait nos chaussures à Kaniakumari, je me souviens de mon 35mm qui dégringole les 12 marches d’un temple à Madurai et qui continue de fonctionner, je me souviens de l’impossibilité de trouver du poisson à manger au bord de la mer, je me souviens de notre première bière après un mois de voyage, je me souviens que nous sommes descendus au hasard du train après 20 heures de voyage, exténués, je me souviens des regards des Indiens qui regardaient Marie, je me souviens de la vallée d’Araku qui ressemblait aux Cévennes, je me souviens du potier, je me souviens du décor peint en trompe l’oeil du photographe, je me souviens de l’arrivé à Bombay de nuit avec tout ces corps allongés le long de la route, je me souviens du premier hôtel crasseux à l’arrivée qui nous semblait super au retour, je me souviens des cyber-café et de mon mot de passe impossible à retenir, je me souviens de mon « Wanadoo de merde », je me souviens du « Massala dossa », je me souviens du tchai dans les verres brûlants qu’on ne pouvait pas tenir à la main, je me souviens qu’on ne buvait jamais d’eau, je me souviens de l’attente de l’arrêt du bus pour pouvoir pisser, je me souviens des mains sales, je me souviens de la première pièce donnée à l’éléphant, peur qu’il te mange la main, je me souviens au petit matin des gens qui chiaient le long des voies ferrés, mine de rien, je me souviens …
jean-françois