LE PROPHETE

Ce texte très connu du poète Libanais s’imposait… je l’ai utilisé plusieurs fois en exergue à mes expositions sur le thème de l’enfance… je réalise maintenant combien j’ai cherché longtemps à  saisir ces moments de communications ou de non communications entre le monde de l’enfance et celui des l’adultes…

Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même.
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous,
ils ne vous appartiennent pas.


Vous pouver leur donner votre amour
mais non point vos pensées.
Car ils sont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain,
que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne vas pas en arrière,
ni ne s’attarde avec hier.

 


Vous êtes les arcs par qui vos enfants,
comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini,
et Il vous attend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l’Archer
soit pour la joie;

Car de même qu’Il aime la flèche qui vole,
Il aime l’arc qui est stable.

Khalil Gibran (le Prophète)

LIBAN

Leica M7 2/35       

Avril 2009, semaine de Pâques, je la passe aussi dans les ténèbres de mon laboratoire à tirer les photos du Liban pour mon client, nous y étions il y a tout juste un an, je me souviens d’un pays parcouru trop vite, d’un pays déchiré…  les regards des bergers dans la neige, les villages traversés sans bruit du haut de notre 4X4, les barrages du Hezbollah, les ruines Romaines de Baalbeck au pas de course, le béton des maisons troué de balles… trop pressé pour rencontrer ce peuple attachant, trop pressé pour saluer Khalil Gibran dans sa tombe à Bcharré… on me presse de photographier sans la Lumière… heureusement mon Makina Plaubel en laisse passer un peu dans son dos, et voile mes films d’une « aura » mystérieuse…

Makina Plaubel 6X7 TriX

« AFRIQUE BLEU » Cyanotype. tirage unique


Cyanotype, procédé aux sels de fer datant de 1842: 
une partie A. 20 gr de citrate de fer amonical pour 100ml d’eau.
une partie B. 8 gr de ferrycyanure de potassium
pour 100ml d’eau.
Mélangez les deux et exposer au soleil de Provence… Révélez dans l’eau claire….

J’animerai un stage d’anciens procédés de tirages photographiques, les 15,16, 17 Mai, et 24, 25, 26 Juillet 2009.
à Okhra à 1/2 h d’Avignon 84220 Roussillon tel 04 90 05 66 69


La possession du corps d’une femme par l’enfant


La possession du corps d’une femme par l’enfant demeurera une énigme… comme l’origine du monde… nous ne saurons jamais… Toutes nos certitudes scientifiques et toutes nos obsessions à vouloir maîtriser les événements n’apaiserons jamais les angoisses de la mère… La nuit emporte Marie dans des rêves inavouables… l’enfant commence à bouger pour elle… pas pour moi….

DE LÀ OÙ JE VIENS.

Les mains de mon père   (Hasselblad 6X6)  
      

Mon père était recouvert d’une peau épaisse, avec de grosses mains calleuses… des mains qui ne caressaient pas, mais qui parfois s’ouvraient… son coeur était recouvert de la même peau… c’était un mélange de gendarme et d’homme de la terre. Ma mère était recouverte d’une peau si fine, qu’elle n’était plus une protection… c’était un mélange d’assistante sociale et d’ institutrice. Mon sang coulait de l’un à l’autre… un mélange des deux… du premier j’avais hérité de la morale et du jugement un peu lourd, de l’autre une émotion rentrée et des viscères à vifs… j’ai extériorisé tard, à travers tout d’abord l’agressivité de la répartie, puis silencieusement à travers la photographie… les mots arrivent peu à peu, mais pas encore la parole…

D’APRES UNE PHOTO DE MON PERE


Je m’en souviens très bien, c’est le jour ou tu es mort… On m’a annoncé la nouvelle – mort sur un quai de gare d’une crise cardiaque – à Besançon … je n’ai pas bien réalisé… j’étais même pas triste… tout cela était une abstraction… et puis on a ramené le corps à la maison d’Apt… j’ai passé la nuit près de toi, seul, j’avais un peu peur, j’ai allumé une bougie… je t’ai pris en photo sur ton lit de mort avec mon Leica au 1/4 de seconde à la limite du tremblement… le jour est arrivé… nous étions réconciliés… après je suis devenu photographe…

MERCI

Mercredi apres midi. Suite à l’Annonciation, j’ai reçu plein de petits « retours » très touchants, tendres, émouvants… j’ai pleuré souvent… il pleut sur Avignon, je regarde mes planches contacts,.. tout ces moments volés… inconsciemment… quel mystère que la vie…


25 MARS 2009 L’ANNONCIATION


Mercredi 25 mars ANNONCIATION…
Sur le tard, apres déjà une longue vie, avec des détours, des retours, des tourments, des détournements, des joies, des peines, des amours, des pas toujours, des mi-temps, des mythes et des mites….vous me comprendrez… j’ai des doutes… vous aussi… mais voilà, je le dis, tout net – j’attends un enfant !!! non ! pas toi? SI ! plutôt nous attendons un enfant  Marie et moi… je sais, je ne suis pas prêt, je ne suis pas fini, je me sens pas père, je me sens pas paire, je ne sais pas faire.. j’ai du mal à réaliser…. mais ça commence à se voir… 22 semaines, un ventre rond, « un petit  cercle sur le grand cercle terrestre »…. première échographie, j’entends son coeur battre comme un tambour, il bouge, il existe, parait que c’est une fille….

Réponse à Michel L sur la retouche numérique

Réponse à Michel L sur la retouche numérique pratiquée gentiment sur l’une de mes photos…. 20/12/08, cette lettre à été le début d’une réflexion sur mon métier de photographe et de ce que j’en fais, c’est à partir de là que j’ai ouvert ce blog…

– Vous me proposez, Monsieur, une modification de ce moment de ma réalité figée au 125 ° de seconde, à Kanyakumari à l’extrême sud de l’Inde ce petit matin de février 2008… Vous me demandez ce que j’en pense. Je vous répondrai, que cette photographie en noir et blanc avec les bords et les encoches du film visibles sur le tirage homothétique au 24X36, était jusqu’à présent, la preuve par l’image de la réalité de cet événement… Cette scène a existé tel qu’elle, avec ces deux personnages posés là, face à ces trois mers qui se séparent, précisément dans ce lieux sacré. Cela explique la présence de ce temple, et de la multitude de pèlerins qui ont traversé toute l’Inde pour vivre ce lever de soleil, à cet endroit là…. Vous avez fait disparaître tout cela et vous me demandez ce que j’en pense. L’homme blanc avec ses ordinateurs, pense qu’il peut tout changer de notre mère la Terre et de sa réalité. Nous, nous essayons d’en témoigner avec nos modestes caméras argentiques… Mais que restera-t-il à vos enfants pour nous croire lorsqu’ils appréhenderons l’histoire qu’avec des images fabriquées issues de vos machines numériques… Peut on avoir une émotion vraie en regardant une image fausse?.
    Mon plaisir de photographier, Monsieur, a toujours consisté à essayer d’attraper sur la surface sensible du film, ce moment d’émotions qui a suscité le déclenchement –  « Mettre sur la même ligne de mire, l’oeil, le coeur et l’esprit… » – Avec les anciennes technologies, tout cela doit rester encore en latence un certain temps… enroulé dans la petite bobine métallique et dans les méandres de ma mémoire… Peut être que bien plus tard, tout cela sera un jour révélé dans l’obscurité de mon laboratoire, secrètement… Alors, seulement, si la surface sensible laisse encore apparaître une forme d’émotion que ma nature silencieuse ne me permet pas de partager avec des mots, alors je te donnerai l’image à voir…. en souhaitant partager mon expérience de ce moment, avec toi… Tu vois nous sommes bien loin de l’informatique ou même de l’information… Alors tu comprends que répondre à ta question est douloureux, je peux avoir un avis sur ta maîtrise de Photoshop, que je trouve par ailleurs fort bonne, ou avoir une opinion sur l’image retouchée que je trouve objectivement belle, calme et composée… Mais pour le moment, il s’agit là d’un problème d’éthique, et  c’est précisément cette éthique qui donne du sens à mon travail et à ma vie de photographe. Tu pouvais t’en douter en me renvoyant ma photo modifiée, et je reconnais bien là ton humour dans ta provocation…. Te répondre m’a obligé à coucher sur le papier quelques réflexions personnelles, suscitées par l’apparition du numérique, et la disparition des surfaces sensibles… voilà qui est fait. Je t’en remercie…

Auteur Photographe intéressé par les anciens procédés de tirages. site web: www.photographie-cholley.com