Tous les articles par Jean-François

Auteur Photographe Intéressé par les anciens procédés de tirages. Photographie alternative de dimension poétique et philosophique.

Les années… une photo de famille…

photos de famille sympa année 70 ?        La photo en noir et blanc d’une jeune fille en petit chemisier blanc et short foncé, elle est assise dans l’herbe, les mains croisées sur ses jambes serrées, pieds nus. Son visage souriant tourné vers la droite traverse la photo et regarde son jeune frère à l’autre extrémité de l’image, il la regarde aussi, un peu avec le même sourire complice. Au centre, ma mère appuyée sur son coude droit les jambes repliées (je crois me souvenir que sa robe était à fleurs vertes), elle regarde aussi son fils avec un sourire sincère et confiant… Derrière elle, légèrement en contact, se trouve le père, il a des cheveux noirs (dans mon souvenir ils ont toujours été blancs) il porte une chemise légère et souple (dans mon souvenir il portait toujours des chemises raides, bleues clairs ou beiges, celles récupérées de la gendarmerie nationale), son visage est, lui aussi souriant, mais il semble faire une petite remarque ironique à sa femme, (mais là je projette peut-être ?). La scène semble se passer en Provence en été, les deux paniers en osier à gauche et à droite de l’image indiqueraient que c’est la fin d’un pique-nique, certainement un dimanche… Cette photo est importante pour moi, car elle me permet de me reconstruire un bonheur familial donc je n’ai pas de souvenir ! … cela semble se passer dans les années 70, j’ai les cheveux bien coupés, certainement par un coiffeur (avant c’était par mon père et sa tondeuse froide qui me remontait toujours trop haut dans le cou…) C’est toujours étonnant comme une photo peut nous faire reconstituer notre histoire, en vrai ou en faux… je la partage avec toi ma soeur, avec ce moment de bonheur pris sur le vif, par je ne sais pas qui ? encore un mystère ! La composition de l’image est presque parfaite… Après je suis devenu photographe… Très heureux de t’offrir ce livre d’Annie Ernaux « Les années » , je trouve que c’est un petit chef d’œuvre de littérature pour notre génération…                      Jean-François.

Déconfinement… Des journées entières dans les arbres…

Mercredi 13 mai 2020
Un peu un goût amer de presque dictature… partir un peu loin, mais pas trop, retrouver des arbres librement… les photographier symboliquement avec ma chambre Caham 8×10 en coupant le plan-film en 2 (comme en temps de guerre), ce qui donne un format de 4”x10” très Japonisant et très calme, c’est juste le plaisir d’emporter leurs souvenirs imprégnés du chants des oiseaux, puis rentrer à la maison… développer avec mes petites mains dans la chambre noire, faire un tirage cyanotype bleu et un autre à l’oxyde de fer rouge… les photos n’ont rien d’extraordinaires, mais je suis content de ce temps perdu à les faire…

Pendant ce temps Christine les dessine à la pierre noire…

Cyanotype+gomme bichromatée-oxyde fercyanotype +oxyde de fer, film Foma 8″x10″ dev HC 110

Vendredi 29 mai 2020
Un autre jour déconfit et ciel gris, aller encore un peu plus loin avec Thomas et son camion au collodion, trouver des arbres tombés dans l’eau qui nous font signe… préparer les plaques de verres et les châssis… expliquer ce que nous faisons là aux gendarmes… se tromper un peu dans l’exposition du film… rentrer à la maison…
Développer et faire un tirage sur un papier citrate de 1986 !

papier citrate© jf Cholley. tirage à noircisement direct sur papier citrate Guilleminot de 1986. appareil CAHAM 8″x10″ optique NIKKOR 450/9 film Foma développement HC 110

 

Hannah Arendt

        Vendredi 24 avril 2020, toujours en confinement du Coronavirus, une situation politico/sanitaire qui me pose beaucoup d’interrogations… cette citation d’Hannah Arendt, d’après un entretien télévisé d’octobre 1973 avec Roger Errera, y répond partiellement…

triX©JF Cholley : planche contact D541, photo n°28, Nikon F6, Micro Nikkor  60/2,8 12/2018

« si tout le monde vous ment toujours, la conséquence n’est pas que vous croyez aux mensonges, mais que personne ne croit plus rien. Ce qui signifie que le peuple est privé non seulement de sa capacité d’agir, mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez alors faire ce que vous voulez. »

Ma vie confinée qui ne l’était pas vraiment dans ma tête

Ma vie confinée qui ne l’était pas vraiment dans ma tête…

Elsa NB jardinElsa avec Makina 6X7 Kodak Tmax 100 TMX

Makina Plaubel 6X7

Rando nb 6x7 Ret

Théhière cuisine 6x7 RetThéière dans la cuisine d’Avignon au soleil levant. Plaubel 670

Confinement Coronavirus 2020 oblige, le sentiment de vivre un moment important de l’Histoire, retrouver la simplicité tranquille des joies simples… pas envie d’aller voir ailleurs, ne plus écouter les news, faire les devoirs avec Elsa, le jardin avec les graines de l’année dernière qui n’ont rien donné… retrouver mon labo photo, développer les quelques films noir et blanc qui attendaient depuis des mois, sagement enroulés sur l’étagère blanche… je fais rapidement un contact un peu dégueu du dernier film 120 fait avec mon Makina Plaubel 6X7, il permet de faire seulement 10 photos  sur le même film… je retrouve en vrac quelques étranges photos d’Elsa jouant avec l’eau du jardin, 3 photos de “la randonnée de Georgette” en Auvergne en juin 2019 avec un temps bien pourri, froid et vent terrible (voir l’extrait vidéo de 4 secondes), je termine pour  finir le film avec la théière posée sur le meuble de la cuisine éclairée par la lumière du matin projetant le dessin des rideaux sur la porte…. voilà rien d’extraordinaire pour qui ne l’a pas vécu… moi je me refais le film à l’envers dans ma tête et je tire directement quelques images dans la lumière rouge du labo, sur un vieux papier Agfa RRW 112 grade 2 périmé depuis 40 ans, en écoutant France Musique…
Ce soir dans la nuit je monte cette vidéo un peu décousue, un brin surréaliste, juste pour moi et arrêter le temps…

LE MONDE QUI MARCHAIT SUR LA TÊTE

 

LE MONDE QUI MARCHAIT SUR LA TÊTE EST EN TRAIN DE REMETTRE SES IDÉES A L’ENDROIT
par Coline Serreau


Le gouvernement gère l’épidémie comme il peut… mais les postures guerrières sont souvent inefficaces en face des forces de la nature. Les virus sont des êtres puissants, capables de modifier notre génome, traitons-les sinon avec respect, du moins avec modestie.
Apprenons à survivre parmi eux, à s’en protéger en faisant vivre l’espèce humaine dans des conditions sanitaires optimales qui renforcent son immunité et lui donnent le pouvoir d’affronter sans dommage les microbes et virus dont nous sommes de toute façon entourés massivement, car nous vivons dans la grande soupe cosmique où tout le monde doit avoir sa place. La guerre contre les virus sera toujours perdue, mais l’équilibre entre nos vies et la leur peut être gagné si nous renforçons notre système immunitaire par un mode de vie non mortifère.
Dans cette crise, ce qui est stupéfiant c’est la rapidité avec laquelle l’intelligence collective et populaire se manifeste.
En quelques jours, les français ont établi des rites de remerciement massivement suivis, un des plus beaux gestes politiques que la France ait connus et qui prolonge les grèves contre la réforme des retraites et l’action des gilets jaunes en criant haut et fort qui et quoi sont importants dans nos vies.
Dans notre pays, ceux qui assurent les fonctions essentielles, celles qui font tenir debout une société sont sous-payés, méprisés. Les aides-soignantes, les infirmières et infirmiers, les médecins qui travaillent dans les hôpitaux publics, le personnel des écoles, les instituteurs, les professeurs, les chercheurs, touchent des salaires de misère tandis que des jeunes crétins arrogants sont payés des millions d’euros par mois pour mettre un ballon dans un filet.
Dans notre monde le mot paysan est une insulte, mais des gens qui se nomment « exploitants agricoles » reçoivent des centaines de milliers d’euros pour faire mourir notre terre, nos corps et notre environnement tandis que l’industrie chimique prospère.
Et voilà que le petit virus remet les pendules à l’heure, voilà qu’aux fenêtres, un peuple confiné hurle son respect, son amour, sa reconnaissance pour les vrais soldats de notre époque, ceux qui sont prêts à donner leur vie pour sauver la nôtre alors que depuis des décennies les gouvernements successifs se sont acharnés à démanteler nos systèmes de santé et d’éducation, alors que les lobbies règnent en maîtres et arrosent les politiques avec le fric de la corruption.
Nous manquons d’argent pour équiper nos hôpitaux, mais bon sang, prenons l’argent où il se trouve, que les GAFA payent leurs impôts, qu’ils reversent à la société au minimum la moitié de leurs revenus. Car après tout, comment l’ont-ils gagné cet argent ? Ils l’ont gagné parce qu’il y a des peuples qui forment des nations, équipées de rues, d’autoroutes, de trains, d’égouts, d’électricité, d’eau courante, d’écoles, d’hôpitaux, de stades, et j’en passe, parce que la collectivité a payé tout cela de ses deniers, et c’est grâce à toutes ces infrastructures que ces entreprises peuvent faire des profits. Donc ils doivent payer leurs impôts et rendre aux peuples ce qui leur est dû.
Il faudra probablement aussi revoir la question de la dette qui nous ruine en enrichissant les marchés financiers. Au cours des siècles passés les rois de France ont très régulièrement décidé d’annuler la dette publique, de remettre les compteurs à zéro.
Je ne vois pas comment à la sortie de cette crise, quand les comptes en banque des petites gens seront vides, quand les entreprises ne pourront plus payer leurs employés qui ne pourront plus payer les loyers, l’électricité, le gaz, la nourriture, comment le gouvernement pourra continuer à gaspiller 90% de son budget à rembourser une dette qui ne profite qu’aux banquiers.
J’espère que le peuple se lèvera et réclamera son dû, à savoir exigera que la richesse de la France, produite par le peuple soit redistribuée au peuple et non pas à la finance internationale. Et si les autres pays font aussi défaut de leur dette envers nous, il faudra relocaliser, produire de nouveau chez nous, se contenter de nos ressources, qui sont immenses, et détricoter une partie de la mondialisation qui n’a fait que nous appauvrir.
Et le peuple l’a si bien compris qu’il crie tous les soirs son respect pour ceux qui soignent, pour la fonction soignante, celle des mères, des femmes et des hommes qui font passer l’humain avant le fric.
Ne nous y trompons pas, il n’y aura pas de retour en arrière après cette crise.
Parce que malgré cette souffrance, malgré ces deuils terribles qui frappent tant de familles, malgré ce confinement dont les plus pauvres d’entre nous payent le plus lourd tribut, à savoir les jeunes, les personnes âgées isolées ou confinées dans les EHPAD, les familles nombreuses, coincés qu’ils sont en ville, souvent dans de toutes petites surfaces, malgré tout cela, le monde qui marchait sur la tête est en train de remettre ses idées à l’endroit.
Où sont les vraies valeurs ? Qu’est-ce qui est important dans nos vies?
Vivre virtuellement ? Manger des produits issus d’une terre martyrisée et qui empoisonnent nos corps ?
Enrichir par notre travail ceux qui se prennent des bonus faramineux en gérant les licenciements ?
Encaisser la violence sociale de ceux qui n’ont eu de cesse d’appauvrir le système de soin et nous donnent maintenant des leçons de solidarité ?
Subir une médecine uniquement occupée à soigner les symptômes sans se soucier de prévention, qui bourre les gens de médicaments qui les tuent autant ou plus qu’ils ne les soignent ? Une médecine aux ordres des laboratoires pharmaceutiques ?
Alors que la seule médecine valable, c’est celle qui s’occupe de l’environnement sain des humains, qui proscrit tous les poisons, même s’ils rapportent gros. Pourquoi croyez-vous que ce virus qui atteint les poumons prospère si bien ? Parce que nos poumons sont malades de la pollution et que leur faiblesse offre un magnifique garde-manger aux virus.
En agriculture, plus on cultive intensivement sur des dizaines d’hectares des plantes transformées génétiquement ou hybrides dans des terres malades, plus les prédateurs, ou pestes, les attaquent et s’en régalent, et plus il faut les arroser de pesticides pour qu’elles survivent, c’est un cercle vicieux qui ne peut mener qu’à des catastrophes.
Mais ne vous faites pas d’illusions, on traite les humains les plus humbles de la même façon que les plantes et les animaux martyrisés.
Dans les grandes métropoles du monde entier, plus les gens sont entassés, mal nourris, respirent un air vicié qui affaiblit leurs poumons, plus les virus et autres « pestes » seront à l’aise et attaqueront leur point faible : leur système respiratoire.
Cette épidémie, si l’on a l’intelligence d’en analyser l’origine et la manière de la contrer par la prévention plutôt que par le seul vaccin, pourrait faire comprendre aux politiques et surtout aux populations que seuls une alimentation et un environnement sains permettront de se défendre efficacement et à long terme contre les virus.
Le confinement a aussi des conséquences mentales et sociétales importantes pour nous tous, soudain un certain nombre de choses que nous pensions vitales se révèlent futiles. Acheter toutes sortes d’objets, de vêtements, est impossible et cette impossibilité devient un bonus : d’abord en achetant moins on devient riches.
Et comme on ne perd plus de temps en transports harassants et polluants, soudain on comprend combien ces transports nous détruisaient, combien l’entassement nous rendait agressifs, combien la haine et la méfiance dont on se blindait pour se préserver un vague espace vital, nous faisait du mal.
On prend le temps de cuisiner au lieu de se gaver de junk-food, on se parle, on s’envoie des messages qui rivalisent de créativité et d’humour.
Le télétravail se développe à toute vitesse, il permettra plus tard à un nombre croissant de gens de vivre et de travailler à la campagne, les mégapoles pourront se désengorger.
Pour ce qui est de la culture, les peuples nous enseignent des leçons magnifiques : la culture n’est ni un vecteur de vente, ni une usine à profits, ni la propriété d’une élite qui affirme sa supériorité, la culture est ce qui nous rassemble, nous console, nous permet de vivre et de partager nos émotions avec les autres humains.
Quoi de pire qu’un confinement pour communiquer ? Et pourtant les italiens chantent aux balcons, on a vu des policiers offrir des sérénades à des villageois pour les réconforter, à Paris des rues entières organisent des concerts du soir, des lectures de poèmes, des manifestations de gratitude, c’est cela la vraie culture, la belle, la grande culture dont le monde a besoin, juste des voix qui chantent pour juguler la solitude.
C’est le contraire de la culture des officines gouvernementales qui ne se sont jamais préoccupées d’assouvir les besoins des populations, de leur offrir ce dont elles ont réellement besoin pour vivre, mais n’ont eu de cesse de conforter les élites, de mépriser toute manifestation culturelle qui plairait au bas peuple.
En ce sens, l’annulation du festival de Cannes est une super bonne nouvelle.
Après l’explosion en plein vol des Césars manipulés depuis des années par une maffia au fonctionnement opaque et antidémocratique, après les scandales des abus sexuels dans le cinéma, dont seulement une infime partie a été dévoilée, le festival de Cannes va lui aussi devoir faire des révisions déchirantes et se réinventer. Ce festival de Cannes qui déconne, ou festival des connes complices d’un système rongé par la phallocratie, par la corruption de l’industrie du luxe, où l’on expose complaisamment de la chair fraîche piquée sur des échasses, pauvres femmes porte-manteaux manipulées par les marques, humiliées, angoissées à l’idée de ne pas assez plaire aux vieillards aux bras desquels elles sont accrochées comme des trophées, ce festival, mais venez-y en jeans troués et en baskets les filles, car c’est votre talent, vos qualités d’artiste qu’il faut y célébrer et non pas faire la course à qui sera la plus à poil, la plus pute !
Si les manifestations si généreuses, si émouvantes des peuples confinés pouvaient avoir une influence sur le futur de la culture ce serait un beau rêve !
Pour terminer, je voudrais adresser une parole de compassion aux nombreux malades et à leurs proches, et leur dire que du fin fond de nos maisons ou appartements, enfermés que nous sommes, nous ne cessons de penser à eux et de leur souhaiter de se rétablir. Je ne suis pas croyante, les prières m’ont toujours fait rire, mais voilà que je me prends à prier pour que tous ces gens guérissent. Cette prière ne remplacera jamais les soins de l’hôpital, le dévouement héroïque des soignants et une politique sanitaire digne de ce nom, mais c’est tout ce que je peux faire, alors je le fais, en espérant que les ondes transporteront mon message, nos messages, d’amour et d’espoir à ceux qui en ont besoin.
Coline Serreau

Avignon 40 secondes de vidéo avant le Coronavirus pour prendre conscience de l’absurdité du système…


     Avignon, vidéo tournée juste avant la déclaration des premiers cas de Coronavirus en France… des milliers de voitures tournent autour des remparts avec une seule personne à bord engendrant des tonnes de pollution… faut il attendre l’arrivé d’un virus de quelques microns pour prendre conscience de l’absurdité de notre système… troisième jours de confinement… le Ventoux est toujours là magnifique… c’est aussi le chemin de l’école d’Elsa, et moi qui l’accompagne je choisis de regarder la beauté…

DES VOEUX POUR 2020 …

Enfant au cerceau72dpiJ’aimais enjamber les longs fleuves, m’asseoir sur les nuages,
prendre dans mes bras le soleil, devenir mouche pour tout savoir en cachette,
grimper sur le toit d’un immeuble et crier, nager sur le dos d’un requin,
faire des bougies avec des mandarines, partir sur la lune à vélo,
me transformer en miroir pour que tout le monde se reconnaisse en moi.
Je n’ai guère changé : J’aime voyager assise sur les ailes d’un avion,
sauter en parachute, être la terre pour que le soleil me tourne autour,
graver en gros le mot amour sur la muraille de Chine,
aider tous ceux qui en ont besoin,
tout faire, tout voir, tout savoir et tout aimer.

Mathilde 8 ans

Je retrouve cette photo que j’ai faite il y environ 30 ans !!! quand je préparais un reportage et une expo sur « l’enfance et l’école », en collaboration avec une institutrice du Gard … elle me montre ce texte écrit à la main par Mathilde une enfant de 8 ans … je l’ai toujours gardé … je vous le donne … je nous souhaite de garder toujours cette liberté intérieure…