« La nouvelles photographie ancienne » un article de Philippe Laroudie

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« La nouvelles photographie ancienne » un article de Philippe Laroudie dans le journal « La Marseillaise »  du 21 mars 2012…

Portrait de Jean-François Cholley, photographe.

Chaque odeur d’enfance est une veilleuse dans la chambre des souvenirs… Cette phrase de G.Bachelard sied parfaitement au sentiment de lumière que capte cet artisan du visage humain à travers l’intime de sa sensibilité, l’imparfait de l’objectif.
 
La nouvelle photographie ancienne   

Ce qui frappe lorsqu’on approche la vitrine qui ouvre l’atelier du photographe Jean-François Cholley, c’est la force de ces regards qui pointent des magnifiques portraits en noir et blanc.
Ses regards questionnent la résistance de tout visage à se laisser surprendre dans l’intime, plénitude ou faiblesse. Poussons la porte.
    Les murs sont éclairés de photos qui semblent sorties du temps. Collodion humide, cyanotype, gomme  bichromatée, papier albuminé, salé, développement Vandyck, ou au platine palladium. L’amateur semble tomber dans un rêve dont les mécanismes remontent à l’origine de la photographie.
Derrière un épais rideau de papier s’égrène une émission de radio et un ‘vous pouvez entrer’. Le large sourire sincère du photographe invite à regarder plus avant. Sur des tréteaux, des planches de récupération, des fioles et des flacons bruns, des châssis de chambre grand format, des plaques d’aluminium, de fer, des photographies gondolées, de vieilles optiques en laiton. « Je ne sais pas ce que je recherche, mais je cherche quelque chose que je ne trouve pas… Heureusement d’ailleurs… Quelque chose de l’ordre de l’intemporel, quelque chose d’indicible. Un photographe prend souvent des photos pour exprimer quelque chose qu’il n’arrive pas à exprimer autrement. »
    Cette question renouvelée sans cesse, le photographe la pose en ralentissant le temps de la prise. Les regards de ses portraits fixent l’objectif presque une minute. Ils gagnent ainsi en profondeur, celle d’un inconscient photographique. Or ce qu’on appelle photographie existe désormais dans un champ nouveau, celui des nouvelles technologies et multiples applications numériques, l’explosion d’Internet et des photos libres de droits.
    Pour le photographe de la rue Portail Matheron, la question devient : «Ce métier existe-t-il encore ? Quel avenir pour la photographie d’auteur ?»
    Cholley sait que la photographie traverse une crise à l’image du monde, bouleversé. Il sait qu’une page est tournée, Kodak et les films légendaires, la manière d’écrire la photo, de l’investir sur un support tel un sculpteur, de laisser l’empreinte d’un visage détaché de la parole s’habituer à sa nouvelle nudité, nouvelle éternité.
    La crise qui traverse le regard d’Ulysse et fendille les sabots du Rossinante de Don Quichotte tient dans un iPhone. Sa petite Elsa qui fêtera ses trois ans, elle seule pourra dire si elle préfère lire Aragon dans l’encre de ses yeux ou dans le reflet d’une page Internet imprimée sur un papier recyclé au moyen d’une cartouche démarquée provenant du Japon. L’écriture seule restera.
    Mais ce qui demeure, ce qui ne s’apprend pas (et donc ne peut se perdre), c’est cette présence au monde et à l’être regardé qui laisse imaginer une place.
    « Je me souviens de cette odeur délétère du dispensaire où ma mère travaillait … Odeur d’éther, la même que celle de mon laboratoire photographique où aujourd’hui  j’essaye de refaire des plaques de verre au collodion comme au XIXe siècle. Je suis devenu photographe parce que je ne parlais pas. »
Cholley ramasse sur cette plage d’équinoxe le papier remâché de cette phrase haletante d’Artaud « depuis 1000 et 1000 ans que le visage humain parle et respire (…) il n’a pas encore commencé à dire ce qu’il est et ce qu’il sait ».
    Le spectateur parviendra-t-il à se reconnaître ? La photo a-t-elle perdu sa graphie, sa langue même par la constellation des images qu’elle génère à la manière des signaux lumineux que performent les étoiles bien après leur mort ?
    Ce photographe réincarne dans chacune de ses photos, ce moment antérieur d’une vie qui doute d’elle-même mais aussi rêve de cette énergie du recommencement.
    Laisser s’exprimer son désir d’exister autrement, d’expérimenter et de ne pas oublier l’intuition, ce pouvoir d’aller chercher dans le temps du passé quelque chose qui nous dépasse. Temps remontés à la surface d’une conscience, à la manière du nuage qui actualise la lumière.
    Il pense à ce temps accidenté, orphelin, qui vient choquer son présent et qu’il  chorégraphie et réinterprète à travers l’œil lourd et ivre du collodion ioduré, l’énorme loupe de l’antique optique Nicolas Perscheid, scellée dans le laiton.
    Son obsession ? Peut-être se rapprocher de l’homme. Cet homme si présent et si loin, si libre et si enfermé dans sa grille du temps, ses images de réussite, sa manière de le dire…
Laisser parler les coulures de chimie, l’accident de la main : «Je vois les choses en images transcendées par la lumière du tirage. Pour me passer de la technologie des marchands, j’ai fabriqué du papier avec les draps en coton broyé de ma grand-mère. J’ai fabriqué le négatif avec une vitre de récupération enduite de collodion puis développé l’épreuve dans l’eau de la bassine d’Elsa… Je veux sortir du nucléaire, vivre en restant sensible, en acceptant la peur du rien, l’erreur photographique…penser demain.»
Philippe Laroudie

Contacts : 04 90 85 44 78 -Jean-François Cholley, 11 rue Portail Matheron, Avignon
www.photographie-cholley.com et aussi http://gemelli.over-blog.com

Quelques dates

De 1981 à 1988 travail technique et artistique avec J-P. Sudre, Guy Le Querrec, J-F Bauret, Anders Petersen, Bruce Davidson, Deborah Turbeville, John Reuter… et études multimédias Beaux Arts d’Avignon

1988 s’installe comme auteur photographe à Avignon

1990 Prix Fondation AGFA, Prix du jury Noir et Blanc ILFORD (également en 1993)

1997 Exposition de tirages à la gomme bichromatée “Terre d’ombre” (Galerie des 4 mains) Manosque

2000 Exposition personnelle itinérante Mission 2000 “Terre de passage” Pakistan, Belgique

2001 livre “L’esprit des rues” avec le poète Guy Bornand

Depuis 1998 enseigne les procédés alternatifs de photographies du XIXe siècle à Okhra (Roussillon) et Avignon

 

Juillet 2009 naissance d’Elsa.

premier collodion dans la « darkroom »

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Intérieur de la « darkroom » (laboratoire embulant) au soleil couchant

                Premier collodion humide depuis les froidures de l’hiver… je me suis fabriqué une darkroom portable, en bois, métal,  tissus gris et rodoïde rouge, avec un gros sablier qui compte le temps avec ses grains qui passent… elle se transporte comme une lourde valise sans roulette… développer le collodion dans les champs… premiers essais…

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Ambrotype sur verre au collodion… les premiers cerisiers en fleurs