Chaque odeur d’enfance est une veilleuse dans la chambre des souvenirs…

Chaque odeur d’enfance est une veilleuse dans la chambre des souvenirs… G. Bachelard.
Odeur d’éther du « dispensaire » d’Apt où ma mère était assistante sociale… au fond du jardin public… il faut pousser le portail vert qui s’ouvre avec un système de fermeture automatique basé sur une sorte de « toboggan » miniature plein de graisse noire, sur lequel la porte monte lorsqu’on la tire et se referme par son propre poids lorsqu’on la lâche…  suivit d’un « clanc » caractéristique… étonnant pour un petit garçon… suivre l’allée en graviers blancs qui crissent… j’ai 5 ou 6 ans.. je pense qu’en sortant de l’école je vais attendre là bas qu’elle finisse son travail… qui n’en finit jamais… au fond du jardin public il y a aussi un grand bassin rond, entouré de roches piquantes… sur lequel je n’ai pas le droit de me pencher… pourtant, au fond il y a des poissons rouges… odeur d’éther du « dispensaire » d’Apt… petits pots « Lemaire » ? ou « Guigos » ?… échantillons gratuits… il y a les bons,  les sucrés… à la pommes, aux pruneaux… et les mauvais, à la carotte, aux épinards… il fallait manger les deux indifféremment… odeur d’éther sur la blouse blanche de ma mère « assistante sociale »… très occupée… elle fera un « dépression »… poussera des cris que je ne comprendrais pas… j’ai 12 ans ?  je reste seul avec mon père à manger des pâtes réchauffés à l’huile dans la poêle noire de la gendarmerie… plus de petits pots « Guigos »… elle reviendra… odeur d’éther… la même que celle de mon laboratoire photographique aujourd’hui où j’éssais à refaire des plaques de verre au collodion… comme au XIX siècle… tout à l’heure j’ai fait mes test avec la veille machine à écrire de mon père… il ne m’écrivais jamais à la main.

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« La machine à écrire de mon père »

Ambrotype sur verre au collodion humide, 1/2 plaque, 15s et 30s f16  posé sur le piano d’avignon le 21 avril 2010 à 18h30.

Réponses à quelques commentaires

Commentaire sur « Le lundi 18 janvier c’est « Blue Monday »  » laissé par Claudine samedi 10 avril à 01h07

« – si une photographie révélait un moment de vie, il le maintenait ainsi à jamais dans sa mémoire. On aurait dit qu’en prenant une photo, il pouvait à tout instant, réincarner une vie antérieure – une vie où un corps ne se voutait pas, où les cheveux ne tombaient pas, où une existence future n’avait pas de raison d’être. Il suspendait le temps dans le creux de sa main fermée. Quelquefois il le froissait, quelquefois il le laissait s’envoler. On aurait dit qu’il croyait que quelque chose qui fut a le pouvoir d’être ce qui est. C’était là sa façon à lui d’organiser l’univers, une ligne de mire qui se déplaçait du passé vers le présent, aussi facilement qu’une feuille de papier que l’on trempe dans un bain réactif. » Colum McCAnn – Le chant du coyote –
en lisant ces lignes, en imaginant intervertir quelques mots, ta recherche m’est apparue, comme une évidence.
 
Commentaire sur « Collodion humide » laissé par Hazio le 25/02/2010 à 23h04

Tu t’appliques à fabriquer de vraies fausses traces du passé..? Dans un monde qui ne prend plus le temps d’en laisser, voire qui les efface à mesure. C’est une drôle d’affaire JF… Je crois que je comprends un petit peu aussi… Et cette technique c’est un peu comme « se mettre en phase avec on ne sait pas vraiment quoi, et attendre que quelque chose arrive..! Il arrive toujours quelque chose, pourvu que l’on sache s’abstraire…
Amitiés

 

Réponse: Je ne sais pas ce que je recherche, mais je cherche quelque chose que je ne trouve pas… heureusement d’ailleurs… quelque chose de l’ordre de l’intemporel… du questionnement… un photographe prend souvent des photos pour exprimer quelque chose qu’il n’arrive pas à exprimer autrement…  quelque chose d’indicible… quelque chose d’inconscient… peut être de l’ordre de l’archétype… cette recherche sans fin s’arrête  à un moment donné avec la fin du film… puis recommence… d’autre part, je pense qu’une  photographie dois avoir cette capacité de rester ouverte sur l’imaginaire du « regardant »… c’est le plus important.

Gemelli

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                                   Marie Hélène. tirage à la gomme bichromatée et terre d’ombre.